Bâtissons ensemble le monde de demain

En cette période favorable à une remise en question de nos modes de vie, de l’organisation économique, sociale, politique de notre société, fleurissent les idées pour un monde d’après. Des sites Internet y sont même dédiés, comme celui-ci ou encore celui-là, et encore bien d’autres. Cependant, comme l’a fait remarquer le 29 avril 2020 David Djaiz, essayiste et enseignant à Science Po sur France Culture, ce sont plus des mondes d’après moi que des mondes d’après qui sont décrits. En effet, se pose la même question que lors des grands débats encouragés par le gouvernement début 2019 : comment agréger des points de vue particuliers pour construire du collectif. Ainsi, nous ne pouvons commettre la même erreur que lors du grand débat, et attendre que les points communs soient décrétés par le haut : le consensus ne se décrète pas.

Prenons un exemple : je peux demander que telle profession soit davantage payée en avançant d’excellentes raisons. D’autres personnes peuvent également demander que d’autres professions soient davantage payées, toujours pour d’excellentes raisons. Se posera alors la question de la réalisation de ces objectifs : où allons-nous trouver l’argent ? Devons-nous accepter toutes les demandes ou bien juger de leur recevabilité pour choisir quelles professions seront augmentées ? Cette décision doit-elle se prendre au détriment de l’employeur, qui n’aurait pas son mot à dire ? Ou alors nous l’écoutons aussi, et peut-être allons-nous finir dans une impasse, coincés entre une demande et son exact contraire ? Nous conclurons alors probablement que nous ne pouvons rien faire et passerons à autre chose.

Une alternative consiste à porter sur attention sur la contribution de chacun-e au bien-être collectif, à réfléchir au choix que notre société a fait pour symboliser sa contrepartie, c’est-à-dire l’argent ; réfléchissons à ce qu’il représente, demandons-nous si nous voulons toujours utiliser cette technique, s’il est toujours pertinent de faire une différence entre travail et emploi, etc.

Certes, une telle réflexion collective demande à être guidée dans l’échange, dans l’analyse. Cela requiert qu’on y revienne éventuellement plusieurs fois, pour se laisser le temps de réfléchir, que les idées mûrissent en chacun d’entre nous. Et peut-être qu’à terme, nous conclurons que le plus simple serait d’établir un revenu universel, résolvant du même coup la question de la définition du niveau de rémunération pour la profession X ou Y.

Bien sûr, d’aucuns objecteront qu’il faut financer ce revenu universel. Et justement, une discussion collective serait l’occasion de se poser ensemble la question et de réfléchir collectivement aux options disponibles, à ce que chacun-e serait prêt à faire, à ce à quoi chacun-e serait prêt à renoncer également, car il s’agit au fond de décider comment répartir la richesse produite collectivement au niveau national – grosso modo le produit intérieur brut. Où allouer cet argent et à quelle hauteur ? Combien donner pour l’éducation, la santé, la justice, les prisons, la recherche, la culture, l’ordre public, le soutien aux entreprises, etc. ? Quoi taxer ? A quelle hauteur ? Quelles aides sociales supprimer pour les remplacer par ce revenu universel ? Quelles cotisations rendre obligatoires et quelles autres facultatives ? Bien d’autres questions encore se posent.

Autant de points qui méritent d’être discutés et débattus ensemble, pour bâtir une vraie collectivité.

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